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Appréciation de risques : halte aux méthodes trop compliquées !


Il arrive dans nos missions que nous tombions sur des méthodes d’appréciation de risques particulièrement compliquées dont personne ou presque ne sait quoi faire.

Or l’appréciation de risques est une chose sérieuse qui doit être aussi aisée que possible sans sacrifier la rigueur. Analyse …



photo E.Besluau
photo E.Besluau

Des abstractions inutiles

Travers élitiste français, beaucoup d’analyses de risques font montre d’un niveau d’abstraction et de conceptualisation séduisant intellectuellement mais catastrophique quand il s’agit de passer au concret.

On liste alors des aléa, des enjeux, des événements redoutés, des biens essentiels et supports, des menaces et des vulnérabilités pour aboutir à recommander au bout de vingt pages de fermer la porte à clé pour empêcher les voleurs ! Bien sûr je caricature un peu, mais qui n’a jamais été déçu en lisant –avec courage- une appréciation de risques aboutissant à des mesures de bon sens : « tout ça pour ça ! ».

Autre abstraction utile cette fois, mais quelquefois hélas dévoyée : les appréciations de vraisemblance et d’impact. Ces deux notions sont fondamentales et portent à elles-seules l’essentiel de la valeur ajoutée d’une analyse structurée :

  • Tel événement est-il vraisemblable ? Et dans quelles proportions ? Se produit-il souvent ? Peu souvent ? Plutôt rarement ? Très rarement ?

  • Tel événement s’il arrivait, serait-il d’impact très fort ? Assez fort ? Plutôt faible ? Très faible ?

Il est possible de répondre à ces questions en réfléchissant à la réalité terrain et en se confrontant aux points de vue des collègues. Il n’y a pas besoin, hors cas très spécial, de mettre des valeurs avec trois chiffres après la virgule…ni de classer en dix niveaux.

Ces notions simples et structurantes doivent rester aussi simples que possible. Je suis toujours très circonspect dès que quelqu’un souhaite compliquer l’estimation : impact en termes d’image ? De pourcentage de chiffre d’affaires ? Et alors combien ? De qualité de service ? Certes. Mais un opérationnel responsable saura mesurer, peser l’impact. Et le classer sur une échelle de 1 à 4.

Ces deux notions I & V (impact et vraisemblance) me semblent largement suffisantes pour réaliser une cartographie en deux dimensions. Certains ajoutent des notions indépendantes qui viennent polluer l’approche comme la ‘gravité’ par exemple. Si la gravité est liée au couple (I,V) tout va bien. Si c’est un concept indépendant, cela complique inutilement et nuit à la compréhension, voire indique une incompréhension.

Une abstraction trop compliquée nuit à l’efficacité de l’approche. Il faut demander à l’abstraction un réel pouvoir explicatif. Si cela devient incompréhensible cela devient nuisible.

Une méthode quasi inexploitable sauf par des consultants spécialistes

Corollaire de ce qui précède, les appréciations de risques deviennent souvent l’affaire de consultants externes experts. Après un travail en chambre, ils vous inondent de tableaux Excel très compliqués en dix onglets de vingt-cinq colonnes…

Ils posent alors des questions aux responsables de l’entreprise qui se retrouvent coincés dans une logique absconse et peu pragmatique. Il est devenu difficile aux responsables de mener un raisonnement autonome et partageable avec leurs pairs. La méthode est trop compliquée, le raisonnement avec la modélisation proposée est trop difficile, s’il est d’ailleurs possible… On ne sait plus au bout d’un certain temps qui maîtrise réellement le modèle qu’on est obligé de tirailler en tout sens…

Encore une fois je force le trait, mais à peine. Il arrive quelquefois que la situation devienne tellement compliquée que personne n’ose dire qu’il ne comprend rien. Le consultant en risque du cabinet externe semble être le seul capable de maîtriser. Danger ! Car ce n’est plus vrai.

Des résultats inutilisables

Dans ces situations compliquées, il est rare que les résultats soient clairs. Plusieurs situations se rencontrent :

  • Le seul capable d’expliquer est le consultant externe (et encore, si on creuse…)

  • Il n’y a pas de lien en fait entre les risques appréciés et les mesures proposées. Même si on veut nous faire croire qu’il y en a, la démonstration n’est pas faite.

  • Seules les mesures proposées sont claires ; mais elles semblent ‘sortir du chapeau’.

  • Les responsables ne retrouvent pas leur manière de penser ni leur vécu du terrain ; éventuellement ils culpabilisent, n’osant crier ‘le roi est nu’.

  • Les responsables ne peuvent pas répondre à la question essentielle : ‘quels sont vos trois risques principaux ?’ ce qui est très ennuyeux en cas d’audit.

  • Les documents produits sont lourds, complexes. Les schémas incompréhensibles, il ne faut pas avoir peur de le dire.

Le bilan est que tout le monde est mal à l’aise avec ‘la méthode’ et que personne n’ose le dire. Les plus rusés ayant fait leur petite appréciation de risques dans leur coin…

Quelques principes à se donner

En matière d’appréciation des risques, je vois bien les trois principes suivants :

  • La méthode doit avoir un pouvoir de modélisation simple du réel. On ne monte en abstraction que si cela va servir, pas plus.

  • La modélisation doit permettre de raisonner et d’estimer le plus simplement possible. Il faut très tôt le faire avec les opérationnels du terrain.

  • Le résultat produit doit avoir un pouvoir explicatif quasi évident ; on peut l’expliquer aux collègues à la cantine …

Enfin, citons un proverbe chinois pour finir : "savoir s'arrêter devant l'incompréhensible est la suprême sagesse".

Emmanuel Besluau
Mercredi 30 Décembre 2015

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