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Développement numérique de La Réunion



Dans ce second volet de notre série « Technologie, Compétitivité et Fonds Publics », nous analysons la situation spécifique d'un Département d'Outre-Mer , l'île de La Réunion. Pour les DOM et TOM, la révolution numérique est une vraie opportunité de développement et de désenclavement. La question cruciale demeure celle du choix des investissements – y compris publics – capables de catalyser ce développement.



Développement numérique de La Réunion
Les Départements français d'outre-mer (DOM), et notamment l'ile de La Réunion, sont confrontés à des difficultés économiques bien connues:
- éloignement géographique et isolement
- forte dépendance économique vis-à-vis de la métropole
- forts taux de chômage et de pauvreté.

A ces maux il convient d'ajouter le fait que, dans leurs régions respectives, les DOM ne peuvent jouer la compétitivité par les coûts: départements français, ils présentent les mêmes handicaps que la métropole (coûts sociaux élevés notamment). On voit ainsi, par exemple, l'île Maurice, également affligée de problèmes de niveau de vie et de chômage, développer, pour la zone Océan Indien, une activité économique très différente - finance, TIC, centres d'appel par exemple – et bien plus orientée vers l'extérieur, ce qui reste malgré tout un facteur majeur de croissance. Inversement, La Réunion est d'abord une économie de consommation centrée sur elle-même, et fortement dépendante de subsides, subventions et autres aides de l'Etat français. En bref, un « modèle » économique insoutenable à terme.

Cependant, les DOM français, et tout particulièrement La Réunion, disposent d'atouts spécifiques : une population jeune, un excellent tissu éducatif et universitaire, une organisation économique de pays développé, et – malgré des turbulences – un niveau de stabilité et de sécurité plutôt supérieur à leurs voisins immédiats.

Sans prétendre que les TIC et l'économie numérique soient « LA » réponse à tous les problèmes de l'outre-mer, on devine qu'elles constituent une opportunité majeure pour ces types de territoires. Abolissant dans une certaine mesure les distances, elles représentent une véritable opportunité de désenclavement ; fortes consommatrices d'intelligence et d'expertise, elles offrent de vraies possibilités de rayonnement régional.

Néanmoins, saisir ces opportunités requiert une démarche volontariste, et l'abandon d'un certain nombre de vieilles habitudes, en premier lieu celle qui consiste à se focaliser exclusivement, ou presque, sur le marché intérieur.

Faire communiquer La Réunion

L’économie numérique passe bien évidemment par la communication. Ainsi, à l'île de la Réunion, le coût et la performance des accès internet ont nourri un long débat. En effet, et comme dans les autres DOM, les consommateurs et les entreprises paient bien plus cher qu'en métropole pour un accès internet aux performances bien inférieures. Pour légitime que soit ce débat, le poser en termes de « consommation d'accès internet » sur le marché intérieur réunionnais peut conduire à occulter d'autres enjeux cruciaux.

Ainsi, certains acteurs locaux, dont des opérateurs de télécommunication naturellement portés à se concentrer sur le marché intérieur, ont pu s'opposer à des investissements de la région dans des câbles sous-marins. Ils ont réclamé plutôt le financement de ce qu’on appelle des « serveurs de cache », qui ont pour vocation d’améliorer les performances locales des accès internet en réduisant le besoin d'accès à des serveurs distants. Néanmoins ce type de solution – qui ne fait que palier une pénurie de bande passante - ne saurait donner à La Réunion les moyens de mieux communiquer avec le reste du monde... et donc de saisir l'opportunité numérique pour son développement !

Quant à la question d’un éventuel financement public, il s'agit là d'une technologie éprouvée, déjà largement mise en œuvre par de nombreux opérateurs d'accès internet ou câblo-opérateurs de télévision, y compris à la Réunion. Toutefois, ces acteurs font de tels investissements dans le cadre normal de leurs opérations. Il nous semble donc qu’il n’y a pas matière à financement public pour ce type d’infrastructures.

En tout état de cause, la question des capacités de communication de l’Ile de La Réunion avec le reste du monde et notamment avec ses voisins demeure posée. En effet, la pénurie de bande passante est au cœur du problème stratégique de compétitivité de l’île : espère-t-on pérenniser un modèle historique basé sur une très forte dépendance vis-à-vis de la métropole, et un modèle économique local essentiellement basé sur la consommation, ou La Réunion doit-elle acquérir un vrai rayonnement « régional » (au sens de la grande région « Ouest Océan Indien », incluant a minima l’Afrique de l’Est et du Sud) ?

Incapable de concourir avec ses voisins en termes de coûts de main-d’œuvre, La Réunion peut – et doit – valoriser ses atouts. Havre de stabilité (malgré quelques turbulences occasionnelles) dans une région en développement mais encore très fragile, pôle de compétences et de matière grise avec ses entreprises et ses infrastructures universitaires, La Réunion dispose d’opportunités de développement encore quasiment inexploitées en matière de services, qu’il s’agisse de services numériques ou de services exploitant le média numérique.

Ce développement passera par un réel désenclavement numérique, c'est-à-dire par la mise en place de connexions multiples et forcément concurrentes, si l’on entend bénéficier de prix en ligne avec le marché mondial. La seule présence des câbles SAFE et LION – contrôlés largement par France Telecom – ne saurait suffire à assurer un marché des télécommunications longue distance durablement concurrentiel. Rappelons au passage que la seule régulation des tarifs de l’opérateur historique par l’Arcep ne suffit pas à créer une situation de réelle concurrence.

La combinaison d'autres câbles comme RAVENAL (projeté par la région Réunion) avec les autres offres régionales en cours de mise en place comme EASSY (câble est-africain) contribuerait évidemment fortement à créer cet environnement réellement concurrentiel.

Il est clair que la seule mise en œuvre de moyens privés différerait lourdement l’émergence d’offres de ce type. Il s’agit donc définitivement d’un projet majeur et structurant, qui entre pleinement dans la responsabilité de la Région Réunion, voire de l’Etat français.

Faire travailler La Réunion … à l’international

Cependant, il est un outil numérique essentiel dont il convient d’encourager l’émergence à La Réunion, y compris à travers d’éventuels concours publics. Un véritable « data center » d’hébergement, relié à l’ensemble des opérateurs mais indépendant de ceux-ci comme des constructeurs et revendeurs de matériel, serait un atout considérable et un catalyseur de développement pour La Réunion.

Un tel outil, conçu d’emblée comme un équipement environnementalement et économiquement très performant, serait à la fois une vitrine du savoir faire réunionnais et un facteur de rayonnement international. Cet outil permettrait d'offrir des services à valeur ajoutée bien au-delà des frontières de La Réunion, et notamment dans toute la grande région Ouest Océan Indien.

Cet équipement pourrait aussi constituer le prototype d'un data center « vert » exportable, adapté aux besoins des pays émergents, techniquement modulaire et évolutif, et prenant en compte les spécificités d'un déploiement dans des environnements climatiques (zone tropicale) et techniques (fourniture d'énergie moins fiable / moins hautement disponible) bien spécifiques.

Contrairement aux affirmations des tenants des centrales numériques géantes ultra-centralisées, un tel concept de data center rencontrera son marché dans un contexte où les grands réseaux de télécommunications internationaux connaissent à nouveau des situations de pénurie de bande passante, notamment en raison de la consommation liée aux réseaux mobiles et aux smartphones. On n'en est, d’ailleurs, qu'aux débuts de ces technologies !

Par ailleurs, ce type de « data center » plus décentralisé permettrait de s’affranchir du risque d'un isolement numérique total en cas de catastrophe (naturelle ou non), et répondrait aux attentes légitimes des Etats et des entreprise régionales, soucieux de préserver leur autonomie numérique et leur patrimoine informationnel.

Combiné, le cas échéant, à des partenariats avec d'autres infrastructures semblables en Afrique ou dans d'autres zones émergentes, un tel outil permettrait de développer à La Réunion, sur une base « grand-régionale », des services à forte valeur ajoutée, de l'hébergement « classique » jusqu’aux services de type « cloud computing ».

Facteur structurant de développement et de compétitivité pour la région Réunion, avec un réel potentiel à l’exportation, un tel projet apparaît naturellement éligible à des concours publics.

Outre la création de valeur économique, une telle infrastructure pourra être le ferment d'un développement des services et de l'emploi dans les TIC à La Réunion, tout en contribuant à faire de l'île un vrai pôle « grand-régional » d'excellence et de croissance, et un moteur numérique pleinement associé au développement économique africain.
Duquesne Group
Mercredi 19 Mai 2010

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