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Le « cloud étatique » : une fausse bonne idée


Cette tribune, qui s'intéresse aux projets technologiques  que pourrait financer le « Grand Emprunt », a été publiée par 01 Informatique - Business & Technologies.



Le « cloud étatique » : une fausse bonne idée
Le « Grand Emprunt », initiative destinée à renforcer la compétitivité française, stimule les appétits et génère des initiatives qui rappellent les beaux jours de l’économie planifiée à la française. De grands groupes (France Telecom, Thalès, Dassault Systèmes) proposent à l’Etat de financer massivement, sur ses fonds, «le cloud computing », pour créer en France des « centrales numériques », autrement dit de très grands data centers. Serait-ce le grand retour du « Plan Calcul », version XXIème Siècle ?

Si c'était cela, ce serait un moindre mal. Désastre économique, le Plan Calcul avait tout de même accouché d'une capacité française en matière de grands systèmes informatiques et permis d'assurer l'indépendance nucléaire de la France. Les projets actuellement évoqués ne permettent pas d'envisager des retombées similaires. On peine même à discerner un vrai modèle économique ou une justification de financement public.

D'abord, le « cloud computing » n'est pas une technologie émergente, c'est un mode nouveau de fourniture et de financement de ressources informatiques. Il utilise des technologies certes nouvelles, notamment la virtualisation, mais n'introduit pas de percée technologique majeure. Le cloud n'a rien d'un marché pré-compétitif éligible aux subventions publiques, c'est un marché concurrentiel en développement. Financer le cloud sur fonds publics revient donc à une évidente distorsion de concurrence qui ne manquera d’être relevée !

Quant au modèle économique, on en reste pour l'heure à des poncifs tirés du buzz médiatique. Dans la réalité, créer « ex nihilo » un acteur majeur du cloud sera très délicat. Tous les acteurs majeurs de ce marché s'appuient sur une activité principale qui a justifié la création de grandes infrastructures et l'acquisition de l'expertise associée : commerce électronique pour Amazon, moteurs de recherche et publicité sur Internet pour Google, logiciel pour Microsoft, services informatiques pour IBM. Le développement de services « cloud » est pour ces acteurs une activité désormais majeure, mais dérivée, et appuyée sur une notoriété planétaire !

Ce n'est pas pour autant qu'il faudrait renoncer à ce que des entreprises européennes soient présentes sur ces marchés. Mais créer un champion français du cloud en construisant des « centrales numériques » est une chimère! La valeur ajoutée, dans l'économie numérique, ne vient pas des infrastructures mais des flux d'information, comme le montrent les modèles économiques d'Amazon, de Google, voire d'Apple qui avec l'iPhone parvient à disputer une part de la valeur ajoutée de la téléphonie mobile aux opérateurs eux-mêmes. On ne palliera pas le manque d'innovations de ce type par la construction d'infrastructures.

La part d'information réellement stratégique, comme en matière de défense, est limitée et déjà protégée (on l'espère !). En revanche, l’intervention publique pourrait soutenir des initiatives pointues sur des marchés de niche. Un bon exemple est fourni par le survivant (méritoire) au Plan Calcul, Bull, qui dispose de capacités d'innovation réelles en calcul haute performance et pourra valoriser son expertise dans un environnement de type « cloud ».

L’innovation devient immatérielle

Les quelques réussites françaises et européennes en matière de logiciel illustrent bien la réalité concurrentielle désormais établie : c'est en se développant très vite hors de chez elles (et notamment bien sûr aux USA) que SAP ou Business Objects ont pu dominer leur marché. De même, dans l'économie numérique, les vraies réussites seront planétaires, pas locales. Dans cette économie, l'innovation est de plus en plus immatérielle.

Il est bien plus délicat d'identifier et de soutenir ce type d'innovations. C'est pourtant là que l'avenir se joue, et que l'investissement public devrait aller en priorité. Même si les grands groupes industriels français se sentent plus à l'aise avec des investissements en infrastructure. Financer par des fonds publics, au nom de la compétitivité nationale, des équipements d'infrastructure informatique largement banalisés, c'est finalement la même chose que de chercher ses clefs sous le lampadaire parce qu'on y voit plus clair – même si on sait qu'elles sont ailleurs.

01_dl_15_04_2010.pdf 01 DL 15-04-2010.pdf  (3.74 Mo)

Duquesne Group
Jeudi 15 Avril 2010

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