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Le PCA est plus qu'un plan de table !


Souvent on appelle PCA un plan de relogement du personnel sur un autre site dans lequel tout le monde est servi rapidement.

Une fois les tableaux de ré-attribution des tables et chaises faits, on pense avoir un PCA que l'on garde jalousement. C'est donc un véritable "PCA -plan de table" - sans oublier les chaises et les PC - que l'on obtient...



Le PCA est plus qu'un plan de table !
On me dit souvent, avec une pointe de fierté, "nous avons un PCA, venez voir !"

Rendez-vous pris, on me montre une suite fantastique de tableaux Excel multi-onglets qui prévoit la réaffectation de tout le personnel d'un site sur un autre avec des délais. Au bout de dix jours 100% du personnel est relogé.

Toute les fonctions -réelles ou supposées- de l'entreprise sont sensées être reprises ainsi, mais uniquement avec une vision "table-chaise-PC", lotis dans des bureaux alternatifs si possibles assez proches du site de départ.

Les délais de reprise de ces équipements sont en général assez courts : deux heures pour les plus rapides, puis quatre heures, un jour, deux jours, etc.

Tout ceci est pratiqué bien plus souvent qu'on ne le pense. Je me permets les remarques qui suivent.

Faut-il vraiment redémarrer en quatre heures les entretiens d'embauche ?

Question dérisoire lorsque l'on pense au sinistre, je mets souvent ce sujet en exergue parce-que je l'ai rencontré récemment.

Les "planificateurs de table" (appelons les comme cela, je m'en excuse auprès d'eux) interrogent les responsables et se soumettent complètement à leurs desiderata.

Passant en revue toute l'entreprise et regardant les plans d'attribution des bureaux, l'approche administrative suivie ne peut pas aboutir à autre chose : un plan de relocalisation qui couvre tout, absolument tout.

Les entretiens d'embauche sont servis, tout comme la réponse au client au téléphone ou (tout de même) la production informatique à qui on va attribuer tables et chaises...!

Laquelle production informatique est couverte par la magie du "plan de secours informatique" véritable sort d'invincibilité qui coupe court à toute discussion !

Dans quel cas faudrait-il réaliser ce Plan ?

Venons en à la réalité des choses !

Ce plan est à exécuter en cas de perte de tel ou tel bâtiment de bureau par exemple. Il faut bien évidemment se poser la question de la situation qui conduit à cette perte :
  • est-ce un incendie ?
  • ou une inondation ?
  • ou encore un blocage externe ?
  • voire une grève ?
  • ou pire un sinistre de grande ampleur ?

La réponse à ces questions est très éclairante et il faut y réfléchir avant de commencer à remplir des tableaux irréels.

Le site de secours est-il épargné ?

Question intéressante (et, je vous assure, peu envisagée par les planificateurs de tables)) : le site de secours est-il à l'abri du sinistre qui amène à quitter le site principal ?

Lorsque je pose cette question, je m'attire plusieurs types de réponse :
  • "il faut demander au 'risk manager', c'est lui qui traite cela"
  • "le risque que je traite est 'perte du site', je le couvre entièrement dans mon tableau"
  • "on m'a demandé un PCA, pas des études de sécurité"

Aucune de ces réponses ne me convient (sauf la première à la rigueur, on va alors voir le risk manager).

Le deuxième réponse est dangereuse, bien que très très souvent pratiquée : on imagine le scénario "perte de site principal", sans imaginer que le site de secours peut lui aussi être perdu. !

Ce à quoi on me répond : "nous ne regardons pas deux évènements à la fois !" Ce qui consiste en somme à oublier la cause du sinistre et à faire une erreur de jugement !

A la troisième réponse, je propose de rencontrer le RSSI et très vite le partage de territoire est fait.

L'analyse de risque de sinistre est à faire avant !

Tout ceci prouve ce que les bonnes pratiques de continuité d'activité prônent : il faut faire une analyse de risque de sinistre avant !

Passer en revue les principales causes ou menaces qui pourraient survenir et rendre le site inutilisable est absolument nécessaire avant tout plan de relogement !

Si la menace 'inondation' est réelle et que le site de secours est dans la même zone inondable, le "PCA" n'a aucune chance d'être viable ! Nous sommes dans ce cas en présence d'un événement unique dit "de mode commun".

Recommandation importante : toujours se poser la question : "dans quel cas concret serai-je obligé de réaliser ce que mon PCA prévoit ?"

Se mettre "en situation réelle de sinistre" est important et fait voir les choses autrement...

Qui a vraiment besoin de redémarrer ?

Le sinistre a lieu : le site est inondé, il y a un mètre d'eau dans les bureaux, 80% du personnel ne peut se rendre au travail.

Voilà le problème posé. Dans ces conditions : "qui a vraiment besoin de se rendre au bureau ? et où ?"

Le réponse n'est pas aussi simple que la réattribution 'un pour un' de bureaux sur un autre site !

Se posent forcément alors des questions plus fondamentales :
  • quelles activités de l'entreprise doivent redémarrer vite ?
  • qui a la priorité ?
  • comment arrêter proprement ce qui peut l'être ?
  • qu'est-ce qui peut marcher en mode dégradé ?
  • quel pourcentage des effectifs faut-il ? et lesquels ?

Cela m'étonnerait fort que l'on conclue que tout le monde redémarrera dans les cinq jours !

Se poser ces questions salutaires est absolument indispensable pour pouvoir affronter la réalité de manière efficace.

Au fait, cela s'appelle un BIA (Business Impact Analysis) et est obligatoire dans la norme ISO de système de management de la continuité d'activité. Tout comme l'analyse de risques d'ailleurs.

Moralité

Avant de se lancer dans des plans idéalisés de relogement du personnel, abusivement qualifiés de PCA, il faut se ramener à la dure réalité du sinistre.

En comprenant un peu mieux le contexte du sinistre, qui constituera le décor dans lequel il faudra agir, on peut se préparer plus efficacement à faire face.

En comprenant ce qui est critique dans les activités de l'entreprise, on peut cibler les actions sur ce qui est essentiel pour elle.

Il n'y a pas de PCA réaliste et efficace sans cela.
Emmanuel Besluau
Vendredi 24 Août 2012

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