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Oracle et les serveurs Sun


De récentes déclarations des dirigeants d'Oracle montrent une évolution dans l'intégration de Sun au sein d'Oracle. Celle-ci se fait-elle au bénéfice des utilisateurs actuels de Sun ? Rien n'est moins sûr...



Oracle et les serveurs Sun

Les faits

Lors de l'annonce à Paris du produit Business Intelligence 11g, Charles Phillips (CEO) qui avait fait le déplacement en a profité pour rappeler quelques faits :

- Oracle se présente comme N°1 dans bien des domaines (SGBD, outils divers de middleware) .
- Depuis le rachat de Sun il est de fait le N°1 des serveurs Unix,
- Il est aussi le N°1 des serveurs hébergeant de l'Oracle,
- et aussi, le N° 1 en volume de données en stockage (bande via Storagetek), etc...

Toutes choses qui sont vraies pour la base installée et qu'il ne faut effectivement pas oublier, car elles doivent pour partie influencer les décisions d'Oracle...

Des déclarations assez "égocentriques"

Charles Phillips au théâtre Mogador, enfonce le clou et rappelle : Oracle est Ouvert, Complet, Intégré.

-Ouvert : aux standards, aux offres concurrentes (SAP et TeraData sont souvent cités dans le contexte de la BI), Microsoft Office.

-Complet : l'ambition est en gros "Oracle me suffit, car tout y est" : la vision "Oracle-centrique" est de retour.

-Intégré : tout en un, pas de mises à jours séparées pour l'OS, le SGBD, l'application, la BI etc.

L'argument répété "plus besoin de faire de l'intégration à la DSI" pourra d'ailleurs trouver un écho chez ceux qui se plaignent d'y passer trop de temps ! Pour que cela soit possible, il faut confier tout à Oracle qui a l'ambition de devenir votre SPOC : "Single Point of Contact".

Vers des "appliances Oracle" ?

Ce dernier message est très important car poussé à l'extrême, il exclut le non-Oracle des plateformes Oracle à venir.

Vu ce qui est dit plus haut (Oracle via Sun est le N°1 en serveurs dotés d'Oracle) ce dernier point dessine une évolution tout à fait plausible vers des "appliances Oracle" où tout est fourni par Oracle de la machine à l'application. Le sens du discours de Charles Phillips était tout à fait cela.

Il faut pour cela qu'Oracle organise et réussisse une "captation de la base installée Sun". Or, bien que facilité par sa position de N°1, le pari n'est pas gagné d'avance car il existe des clients ayant des configurations mixtes sur leurs machines Sun (Oracle SGBD et autres), sans parler des clients Oracle non-Sun !

C'est la deuxième fois en deux mois que ce message est envoyé par des dirigeants d'Oracle. Cette situation fait penser à d'autres lors de rachats précédents : Oracle lance des messages, agit en conséquence et observe la réaction de sa base installée acquise par le rachat en question. Si cette réaction est négative, Oracle réajuste -un peu- le tir.

Qui sont les exclus ?

On peut déterminer trois types d'exclus du jeu que souhaite mener Oracle :

Type 1 : Les utilisateurs qui ont par principe une stratégie bi-fournisseur pour le matériel (IBM et Sun, ou HP et Sun voire IBM et HP) verront forcément d'un mauvais oeil toute action d'Oracle qui bloquerait leur stratégie. Ces utilisateurs sont de fait des grands comptes avec de grosses configurations à base de Sparc...que justement Oracle néglige. Pour ceux-ci la stratégie Oracle pose problème.

Type 2 : Les clients Sun non Oracle : ceux-ci doivent en fait être peu nombreux sauf à ne pas utiliser de SGBD ; la base DB2 ou Sybase sur Sun ne doit pas être très grosse...ces clients n'intéressent-ils pas Oracle ? ou bien Oracle ne les voit pas encore sur son radar ? Ces clients ne sont pas prioritaires pour Oracle.

Type 3 : Les clients Oracle non Sun : ils sont normalement nombreux. Car la base IBM et HP utilisant Oracle est fournie. Il n'est pas dans l'intérêt d'Oracle de se couper de cette base importante.

Ce qu'Oracle finira par faire

Si l'on se réfère aux trois types ci-dessus, on imagine bien une offre Oracle à multiples facettes :

-L'offre qu'Oracle aimerait vendre : des "appliances Oracle tout intégré" : logiciel, middleware, OS et matériel : cela conviendra à une certaine portion de sa base installée et à ses nouveaux clients.

-Une offre "comme avant" : le SGBD et les applications sur base HP, IBM et "vieux Sun" car la base installée "en vaut le coût".

En revanche pour la partie matériel d'origine Sun, le paysage est moins serein :

-Les gros utilisateurs Sun Sparc sont laissés sans perspective, surtout s'ils ne sont pas clients Oracle ! Ce ne sont pas les serveurs x-86 annoncés qui pourront remplir le vide laissé par l'absence de perspective sur Sparc...une migration vers IBM ou HP se pointe à l'horizon (pour ceux qui ne l'ont pas encore faite...). Ceux qui sont aussi clients Oracle se verront peut-être une migration réaliste proposée par Oracle ou d'autres.

-Les clients de type 2 (Sun non Oracle) : devront se contenter de l'offre serveur d'Oracle qui se rétrécit et se banalise sur des standards de l'industrie x-86. Est-ce suffisant ? Ou ces clients seront-ils finalement tentés d'aller vers Oracle et ses appliances ?

-Oracle fera vivre une base de serveurs x-86 "au standard de l'industrie" et sans grande originalité. Pas grand chose de Sun là dedans. La vraie valeur ajoutée est dans le middleware et le SGBD.

L'avenir nous le dira...

D'un côté un "éditeur-apprenti-constructeur" qui aimerait bien vendre ce qui lui coûte peu cher mais qu'une partie de sa base installée ne veut pas acheter...

De l'autre côté une base installée un peu dépitée qui aimerait acheter -même assez cher- ce qu'on ne veut pas lui vendre...

Comment cela va-t-il finir ? Probablement par une modification profonde de la base installée qui a ou va migrer vers d'autres solutions du même fournisseur ou d'autres fournisseurs de la (presque même) solution.
Emmanuel Besluau
Vendredi 16 Juillet 2010

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