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Résultats Bull 2010 : le plan stratégique s'enclenche-t-il ?


Une hirondelle ne fait pas le printemps ... mais elle peut l'annoncer.



Philippe Vannier, PDG de Bull
Philippe Vannier, PDG de Bull
Vendredi 18 février, Bull a annoncé des résultats financiers pour l'année 2010 en hausse, avec une croissance de 12% et un bénéfice net multiplié par quatre. En Bourse, l'action du groupe a immédiatement bondi de plus de 8%.

La question se pose tout naturellement de savoir si ces résultats constituent le premier signe d'une véritable mise en marche du nouveau plan stratégique, annoncé par le groupe français il y a quelques mois.

Bien sûr, on peut relativiser. Une bonne partie de la croissance est due à l'acquisition d'Amesys, la croissance organique étant de 2,7%. Le résultat net est en forte progression ... mais, à 6,5M euros sur un CA de 1.243M d'euros, reste assez faible. Enfin, la capitalisation boursière de Bull représente seulement 38% de son chiffre d'affaire annuel.

Néanmoins, ces résultats vont dans le bons sens, surtout dans un contexte économique où les investissements informatiques des entreprises restent assez prudents.

Les points clés des résultats

D'abord, et sur le plan global, on peut noter une nette accélération du CA dans le deuxième semestre : +8,6% organique, avec une hausse nettement plus forte en T4. La tendance commerciale est donc bonne, même s'il serait hasardeux de trop extrapoler pour 2011.

De plus, le groupe a eu le courage d'augmenter ses investissements en R&D en 2010, ce qui est fondamental. Bull est surtout une boîte technologique et son avenir se joue dans ses laboratoires.

En termes de profitabilité, la bonne progression de l'EBIT - de 27,6M d'euros en 2009 à 35,5M en 2010 - est moins spectaculaire que le quadruplement du résultat net, mais sans doute plus significative.

Enfin, le groupe a généré presque 5 fois plus de cashflow opérationnel qu'en 2009. Ceci est très important pour bon nombre de raisons, parmi lesquelles on peut citer en particulier une certaine souplesse en matière d'acquisitions.

Au niveau des différents métiers, on relève la bonne tenue de l'activité Systèmes, et notamment la forte croissance de la partie HPC (High Performance Computing), une niche d'avenir dans laquelle Bull s'affirme comme un leader européen. La surprise, en revanche, vient de l'activité Services & Solutions, qui affiche une croissance solide dans un marché européen plutôt en repli. Sa profitabilité reste un vrai problème, mais son taux de marge brute montre une légère amélioration.

Le plan stratégique "BullWay"

Bien entendu, ces résultats doivent être placés dans le contexte du plan stratégique du nouveau PDG, Philippe Vannier, qui affiche l'ambition de devenir, en trois ans, l'un des leaders européens des "systèmes numériques critiques".

Sur le plan technologique, cette nouvelle ambition s'appuie sur :
  • sa compétence traditionnelle dans le domaine des "serveurs d'entreprise haut de gamme" pour les "applications vitales de l'entreprise"
  • ses nouvelles expertises dans le domaine des systèmes HPC ( "extreme computing" dans le langage du constructeur), notamment pour la simulation numérique
  • le savoir faire apporté par l'acquisition d'Amesys, "acteur des systèmes sécuritaires et critiques", avec une "expertise combinée de l’Electronique et de l’Informatique."

Cette stratégie s'inscrit clairement dans une tendance très importante, d'une part, de la généralisation des micro-processeurs embarqués et, d'autre part, de l'émergence des infrastructures d'intelligence numérique, qui de plus en plus sous-tendent la vie économique et sociale du monde. On pourrait dire (mais approximativement) que Bull vise certains segments - à haute valeur ajoutée - de la vision plus large d'IBM d'une "Smarter Planet."

En termes d'objectifs financiers à moyen-terme, Bull vise une amélioration de sa rentabilité, qui devrait presque doubler en 2013, avec un résultat opérationnel courant (EBIT), qui se situera entre 50 et 60 millions d'euros. Sur la même période, l'objectif en termes de croissance organique est d'atteindre un chiffre d'affaires annuel situé entre 1,35 et 1,45 milliard d'euros, soit une croissance environ 50% plus rapide que le marché.

Si le plan a été annoncé formellement en décembre, avec la nouvelle organisation, on peut penser que la mise en oeuvre de ses grandes lignes était déjà en cours bien avant.

Nos commentaires sur le plan

Au niveau des offres et du marché, ce plan a le grand mérite de capitaliser sur les fondamentaux de la société. Dans le passé, Bull a trop écouté les sirènes d'un redéploiement massif vers les services comme une sorte de grande SSII. Si les services sont un complément indispensable, les offres à haute valeur technologique représentent à notre sens le vrai cœur de métier de ce groupe.

En termes de couverture du marché IT, les ambitions de BullWay sont réalistes. Depuis plusieurs années, Bull n'a plus la masse critique pour s'imaginer comme un grand généraliste. Dorénavant, la société est clairement positionnée comme un acteur de niches dans lesquelles elle peut être compétitive et profitable.

Au niveau financier, les objectifs annoncés fournissent un cadre clair, permettant aux investisseurs de suivre les progrès escomptés. En comparaison avec d'autres acteurs du marché informatique, la valorisation en Bourse de la société est encore assez faible par rapport à son chiffre d'affaires. En laissant de côté la question de l'évolution générale de l'économie et du secteur, on peut penser que si le groupe tient ses objectifs, le prix de son action pourra augmenter significativement.

Le plan stratégique s'enclenche-t-il ?

Revenons maintenant à la question du départ : avec l'annonce de ces résultats 2010, le plan stratégique s'enclenche-t-il ?

On serait tenté de répondre "Oui, mais ..."

En termes d'offres et de marchés, il est clair que Bull à réussi un recentrage salutaire, et focalise dorénavant tous ses efforts sur des segments où elle peut espérer gagner aujourd'hui ou demain. Les nouvelles offres de 2010 - les systèmes Bullion et Bullx, mais aussi (par exemple) les nouvelle offres de services d'infrastructure - sont dans la droite ligne de la stratégie et ont été bien reçues par le marché.

D'ailleurs, on peut relever aussi la mise en oeuvre de certaines synergies technologiques entre les nouveaux systèmes HPC (la famille Bullx) et les nouveaux serveurs d'entreprise (Bullion et novascale gcos) qui sont tous bâtis sur la même architecture de base (MESCA). De plus, les deux familles de serveurs d'entreprise profitent de quelques technologies issues directement du monde HPC. En revanche, les synergies avec les expertises en "systèmes sécuritaires et critiques" d'Amesys n'ont pas encore clairement émergé. A suivre, donc, en 2011.

En termes financiers, les objectifs semblent a priori faisables, ce qui ne veut pas dire faciles. Les résultats 2010 de Bull sont en ligne avec le plan, et la poursuite des tendances - croissance du chiffre d'affaires et amélioration de la rentabilité - permettrait au groupe d'arriver au moins dans le bas des fourchettes annoncées.

Toutefois, une progression régulière d'année en année n'est pas le scénario le plus probable. La dynamique concurrentielle du marché peut changer rapidement et de manière imprévisible. Dans certains segments on peut s'attendre à une concurrence de plus en plus dure, par exemple, dans le segment HPC et face à des concurrents - américains et japonais, voire chinois - qui ont de très grandes capacités d'investissement. De plus, il existe toujours le risque de "chocs exogènes" au marché informatique, qu'ils soient économiques, politiques ou autres.

Dans ce contexte, on peut raisonnablement prévoir qu'il y aura des difficultés et des revers, même si l'on ne peut pas les connaitre d'avance. Vu sous cet angle, ce qu'il faut, nous semble-t-il, n'est pas seulement la volonté d'atteindre chaque année les objectifs du plan stratégique, mais aussi l'ambition de les surpasser.

En tout cas, le plan stratégique est en place et les résultats 2010 sont encourageants. Si une hirondelle ne fait pas le printemps, elle peut tout de même l'annoncer.
Donald Callahan
Mardi 1 Mars 2011

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