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SAP change de braquet en rachetant Sybase

Un mouvement stratégique audacieux


En rachetant de manière amicale l'éditeur de base de données relationnelle Sybase, SAP prend une position intéressante sur le marché. Même si Sybase est sur le papier un acteur de seconde catégorie, ce rachat présente plus d'un atout : base de clientèle élargie, technologies de middleware utilisables immédiatement constituent autant de munitions nouvelles contre Oracle face auquel SAP est désormais un adversaire sérieux. Bref, ce rachat marque un tournant majeur dans la vie de SAP et de son éco-système.



SAP change de braquet en rachetant Sybase
Nous avons été suffisamment critiques jusqu'à présent contre SAP, mais cette fois-ci il faut le reconnaître, ce rachat qui devrait se faire est un coup de maître qui – sous réserve d’une exécution sans faille – pourrait «changer le jeu» du marché des logiciels. En effet, la nouvelle direction de SAP, mise en place en février dernier pour corriger le flottement et les nombreuses erreurs des dernières années, a promis plus d'’audace …et rapidement. Elle a tenu parole.

Tout d’abord, commençons avec le prix : $5,8 milliards, soit un multiple d’environ 25 fois des bénéfices 2010 attendus et une « prime » par action de l’ordre de 44%. Sur le seul plan financier, même en reconnaissant la bonne tenue de l’éditeur californien pendant la récession, ce prix paraît assez élevé.

En revanche, sur le plan industriel, trois points principaux sont à souligner et ils sont tous positifs à nos yeux, par ordre croissant d'importance :

- L'élargissement de la base de clientèle : les produits Sybase sont des logiciels d'infrastructure utilisés par un grand nombre de comptes de tailles très diverses. Les middlewares de Sybase sont présents à la fois chez les opérateurs de réseaux , de systèmes de paiements (par cartes) et surtout dans le monde de la finance. SAP élargit donc son assise de clientèle avec ce rachat. De plus, l'entrée de Sybase dans la famille SAP renforce la crédibilité commerciale de son offre face à ses grands concurrents.

- L'acquisition de technologie : Sybase est un grand technicien du moteur de base de données relationnelle, ses fonctionnalités en terme de réplication, de base réparties etc. sont importantes ; dans le domaine de la mobilité, ses produits sont très utilisés par différents acteurs clés (en téléphonie mobile et PDA par exemple). De plus, pour les grosses bases relationnelles (pensons à Business Object qui en est un gros consommateur) Sybase a des outils intéressants. Enfin plus récemment, les objectifs affichés de SAP d'améliorer les performances avec des technologies "en mémoire" trouveront à se satisfaire plus rapidement avec les produits de Sybase.

- Un nouveau positionnement stratégique : ce dernier point est d'importance. Pour la première fois SAP fait une incursion dans les logiciels d'infrastructure et concurrence directement Oracle. Avec Sybase, SAP dispose d'une offre autonome SGBD+Applicatif face à un Oracle qui le concurrence déjà depuis longtemps aussi sur les applications. La "coopétition" restera sans doute la règle, mais SAP retrouve une marge de manœuvre fort utile et peut enfin réaliser des systèmes complets sans être obligé d'intégrer des bases Oracle (ou DB2 voire MS SQL server). Avec ce rachat, SAP entre en concurrence frontale et nette d'Oracle.

Comme toujours, le diable sera dans les détails de l’exécution, après la conclusion du rachat. Contrairement à certains de ses concurrents, SAP ne possède pas une grande culture d’intégration de sociétés rachetées. L’industrie des technologies de l’information a déjà vu bon nombre d’acquisitions, présentées souvent comme « transformationnelles », qui ont fini par échouer, souvent à cause de problèmes humains ou plus largement de cultures d’entreprise. Une acquisition peut aussi déstabiliser les clients de la société rachetée, en cas de changements de roadmaps, de support, de pratiques contractuelles ...

Dans ce contexte, la décision de SAP de préserver l’autonomie opérationnelle de Sybase nous parait judicieuse, surtout dans l'environnement de "coopétition" où il se trouve désormais. Mais compte tenu du prix franchement élevé de l'affaire, SAP doit maintenant absolument tout mettre en œuvre pour atteindre les synergies potentielles escomptées, non pas au niveau des réductions de coût – il n'y en a quasiment pas - mais en termes d’innovation technologique et de développement commercial.

Dans une industrie qui change rapidement, il s’agit d’un signal fort de la nouvelle direction de SAP. C'est un rachat qui a de l'allure et annonce le retour d'un acteur majeur sur le marché.
Emmanuel Besluau, avec Donald Callahan
Dimanche 14 Mars 2010

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