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SAP reprend Sybase : quels impacts ?


Un éditeur de logiciel de gestion rachète un spécialiste des bases de données relationnelles : les utilisateurs de l'un ou de l'autre ont-ils des craintes à avoir ? Nous abordons le sujet en neuf questions avec E.Besluau.



SAP reprend Sybase : quels impacts ?
Question 1 : existe-t-il des recouvrements entre les deux sociétés ?

EB : A première vue ce rachat est très différent de celui de Business Object par exemple par le même SAP il y a quelque temps. En effet les deux sociétés ne sont pratiquement pas dans le même domaine et ne se concurrencent donc pas. L'une Sybase, est très orientée middleware, base de données, moteur de réplication, et n'est jamais sorti de cela ; l'autre, SAP développe des applications de gestion, des outils d'analyse de données, de reporting...bref, on le voit si tout était bien architecturé dans le monde du logiciel, on pourrait même dire que les deux sociétés se complètent très bien, SAP pouvant s'appuyer sur l'infrastructure de Sybase.

Question 2 : tout va pour le mieux alors ?

EB : Oui et non, car encore une fois il ne faut pas oublier la base installée ! et celle-ci est sur Oracle majoritairement. Bien sûr SAP a un SGBD interne : le discret et mal aimé MaxDB ! Mais dans le monde vous trouvez essentiellement du SAP sur Oracle, voire un peu DB2 dans le monde Unix et sur MS SQLserver sur serveurs x-86 majoritairement. Les combinaisons SAP+Sybase sont rares; elles étaient d'ailleurs difficiles autrefois. Sur le papier le mariage est joli, dans la réalité, il se peut qu'il n'intéresse pas grand monde sur ces points...

Question 3 : Sybase peut-il espérer de nouveaux débouchés avec SAP ?

EB : Resituons Sybase tel qu'il était avant ce rachat : tous ses concurrents du SGBD sont dans des structures plus larges : DB2 chez IBM où il est omniprésent sous plusieurs avatars, SQL server chez Microsoft où il sert de base à bien des applications, Oracle avec les applications d'Oracle et Sun Solaris...bref le petit Sybase est tout seul sur le marché, isolé au milieu de son île alors que la marée Open Source monte de toute part. Ce rachat, peut être vu comme le radeau de sauvetage : enfin Sybase a quelqu'un qui peut s'en servir ! Pour les utilisateurs la perspective de voir Sybase dépassé de toute part s'éloigne ! La base installée Sybase doit être rassurée, SAP qui aime la technologie, saura s'en servir.

Question 4 : et la base installée SAP ?

EB: C'est une situation très différente, car on l'a vu Oracle y règne en maître ! Mais pour SAP finalement le phénomène de l'encerclement a pu jouer : si l'on considère que la base installée Sun-Solaris/Oracle/SAP est forte (cela doit être une bonne proportion du total) alors le rachat Oracle-Sun a pu faire peur à SAP qui se voyait isolé... Parenthèse d'ailleurs, Sun était un bon promoteur de Sybase autrefois, avec des accords de coopération qui sont tombés lorsque Sun s'est vendu à Oracle. D'une certaine manière SAP et Sybase sont les rescapés du naufrage de Sun chez Oracle... la base installée SAP+Oracle n'est peut être finalement pas fâchée de voir avec SAP+Sybase une alternative potentielle, même si elle n'est pas réelle.

Question 5 : Pourquoi l'alternative SAP Sybase n'est-elle pas réelle ?

EB : Pour l'utilisateur SAP+Oracle, passer à Sybase est très difficile, long et coûteux. Je ne pense pas que cela se fera à grande échelle. SAP n'y a pas intérêt non plus. Mais n'oublions pas que les modes d'implémentation ne sont pas (ou plus) monolithiques, dans les architectures n-tiers actuelles du web, les serveurs sont nombreux et répartis.Un petit serveur de SGBD léger, doté de mécanismes efficaces de réplication peut trouver sa place...et c'est justement ce que Sybase sait faire. Des offres légères et mobiles comme compléments de base SAP Oracle peuvent fort bien se proposer à base d'outils Sybase. Nous sommes là sur un marché qui a un potentiel fort. Par ailleurs pour SAP avoir une offre Oracle-free à base de Sybase peut être effectivement stratégiquement intéressant surtout si l'on pense au cloud !

Question 6 : en quoi le cloud change-t-il la donne ?

EB : En ceci que c'est une offre de service et que l'usager n'est pas impliqué ni concerné par les choix technologiques sous-jacents. Une offre SAP+Sybase en cloud est quasi transparente à l'usager, sous réserve qu'il puisse importer ses données et y accéder par la suite. Pour SAP il vaut mieux construire une solution interne que recourir une fois de plus à Oracle !

Question 7 : et BO dans ce rachat ?

EB : C'est un point intéressant de recouvrement potentiel, car BO ne fait pas que de l'applicatif, il manipule en direct des données, ce qu'un autre produit de Sybase (dit IQ) fait lui aussi à merveille. Il faut attendre de SAP des décisions de choix et d'évolution sur ces points. On peut dire là que IQ est très intéressant et assez unique en son genre avec son approche "colonne" qui lui permet de manipuler aisément des données qui subissent des variations rapides avec des milliers de valeurs à la seconde. SAP se dote là d'un outil dont il pourra utiliser le potentiel. SAP doit juste indiquer son plan de route qui peut interférer un peu avec BO. C'est un plan technique (très technique) et SAP n'a que peu d'expérience dans ce domaine...espérons qu'ils sauront choisir leurs technologies sans faire partir trop de spécialistes !

Question 8 : quel usage de ces technologies ?

EB : J'étais récemment invité par IBM a une manifestation "smart planet" autour des produits Tivoli. On me présentait des outils qui suivent des machines, des consommations électriques, des consommations d'eau, des températures, des injections d'essence, bref qui suivent des données temporelles et ajustent des paramètres partout... je leur ai demandé qui ils voyaient comme concurrent et ils m'ont cité SAP ! en commentant qu'il leur manquait des outils. Avec ces produits de Sybase, SAP les a désormais.

Question 9 : En conclusion : qu'est ce qui est crucial dans ce rachat ?

EB : Honnêtement, je pense que les utilisateurs des divers produits n'ont pas de grosses craintes à avoir, mais à une condition : que SAP décide vite et bien en comprenant et respectant les vraies valeurs technologiques des uns et des autres : SAP, BO et Sybase. Ensuite, en faisant la mise en musique, mais ça en général, les Allemands savent faire !
Emmanuel Besluau
Lundi 24 Mai 2010

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