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SAP restructure son management dans la douleur


En dix questions, Duquesne Group nous livre son analyse...sans complaisance.



Question : Leo Apotheker quitte SAP : que peut-on en dire ?

E.Besluau (Duquesne Group) : Que cela ressemble à une sanction ! Même si le francophone et francophile Apotheker peut sembler payer pour d'autres... le fait est que SAP a accumulé des erreurs ces dernières années : des choix techniques trop sensibles aux modes, des retards de développement pour des services en ligne peu performants, et pour finir, l'affaire de la hausse des coûts de maintenance, qui a fini par braquer bien des groupes d'utilisateurs.

Q : La nouvelle direction de SAP est bicéphale : est-ce le signe que c'est provisoire ?

E.B : Pas évident du tout. On peut d'ailleurs considérer que c'était la période "monocéphale" de Leo Apotheker qui était provisoire ou au moins transitoire. Désormais le conseil de surveillance (dont le président Hasso Plattner, co-fondateur historique suit les choses de loin) introduit une direction bicéphale comme les allemands les aiment. De plus ce sont des anciens de la maison et non des nouveaux venus de l'extérieur, ce qui est bien fait pour rassurer les employés de SAP, autre préoccupation de M.Plattner.

Q : Les employés étaient inquiets ?

EB : D'après ce que dit H.Plattner, oui ! des enquêtes internes montraient un certain mécontentement ! et Hasso Plattner indique que seuls des employés heureux peuvent faire une entreprise profitable. Il ajoute d'ailleurs que cela est vrai des clients aussi.

Q: Le mécontentement des clients est réel suite à la hausse des tarifs de maintenance ?

EB : Il faut dire qu'il y a de quoi être mécontent ! La manière de faire a beaucoup surpris les utilisateurs : d'abord SAP annonce que c'est plus cher, ensuite que ce sera certainement mieux. Les discussions avec les groupes d'utilisateurs devenaient ubuesques : on pinaillait pour savoir comment SAP prouverait que c'est mieux..., mais il fallait payer plus cher avant !

Par ailleurs un certain nombre de grand comptes ayant négocié des contrats complets 'bottom line price' avaient beaucoup de mal à distinguer prix de licence/prix de la maintenance et subissaient une hausse estimée 'à la tête du client'.

Enfin cerise sur le gateau et sommum du cynisme : SAP arrête la maintenance moins chère. Devant la fronde de mécontentement que cela provoque : SAP a finalement fait machine arrière ! Bilan : du mécontentement et des questions sur le sérieux de SAP lorsqu'il parle de service ! et aucun problème n'est réglé...

Q : Peut-on dire que SAP se concentre maintenant sur les licences ?

EB : un éditeur doit forcément garder un oeil sur les licences (qui ont baissé de 27% en 2009 ce qui est un mauvais chiffre, même avec l'excuse de la crise). Mais il doit aussi assurer la rentabilité de sa maintenance en tant que telle. Or, c'est là que la bât blesse. Nous croyons chez Duquesne que SAP n'a pas chercher à augmenter ses coûts de maintenance uniquement sur un coup de tête, mais bien parce que celle-ci lui coûte de plus en plus. Les évolutions diverses (MySAP, Netweaver, la SOAisation de SAP, les offres sur le Web, etc.) créent des souches logicielles différentes et divergentes coûteuses en maintenance. L'époque de Shai Agassi (ancien directeur technique très "visionnaire" qui est finalement parti) a marqué les esprits : les évolutions étaient très techniques et éloignées du fonctionnel. Le client doit-il payer pour corriger les bogues de ces évolutions dont il ne tire pas d'avantage ? En gros la réaction en était là. SAP vendra des licences supplémentaires s'il offre des solutions meilleures : la logique saine est de retour !

Q : n'est ce pas le même problème chez Oracle ?

EB : Oracle est dans une situation presque inverse : il hérite d'une base installée de code hétéroclite et cherche à faire des économies partout (y compris en correction de bogues). SAP donne l'impression d'avoir gaché sa chance : à partir d'une base de code interne maison, il a fait des évolutions diverses...des éclatements techniques pour poursuivre des tendances de mode du marché. Le proverbe "qui veut trop embrasser mal étreint" s'applique très bien. D'autres diront que SAP s'est tiré une balle dans le pied...

Q : que voyez-vous comme difficultés pour SAP ?

EB : Il y a encore un marché pour les ERP, même s'il commence à être bien occupé. Les fonctionnalités intéressantes permettant une saine gestion trouveront toujours preneur. De même des améliorations techniques peuvent trouver -à la marge- preneur- (Hasso Plattner parle de traitement in-memory). Néanmoins, nous passons dans une nouvelle période où l'écosystème autour de SAP peut éventuellement jouer un rôle négatif pour lui.

Q : pensez-vous aux intégrateurs ?

EB : en partie oui, ils vendent des développements spécifiques autour du produit SAP et font sortir le client des évolutions naturelles du produit. Les changements de versions deviennent très difficiles et donnent le beau rôle à l'intégrateur qui est pourtant en partie coupable de cet immobilisme. Les comptes évolués sont sensibilisés à ce problème, mais il demeure, et pour SAP c'est un fardeau d'avoir à gérer n versions...il lui faut donc arbitrer. L'intégrateur, on le voit, n'est pas un allié gagné d'avance.

Q: et Oracle Sun est-ce un danger ?

EB : en intégrant applicatif+SGBD+middleware+matériel Oracle peut offrir des "migrations totales packagées" potentiellement plus rapides, plus sûres et moins chères pour le client. C'est là un vrai danger pour SAP qui n'a pas d'équivalent. Le client SAP doit aller voir plusieurs interlocuteurs ou se confier (encore !) à son intégrateur. A moins que SAP ne fasse des partenariats dans ce sens : avec IBM (pour le matériel pSeries et DB2 par exemple) ou avec Microsoft (pour SQL server et Windows server sur matériel HP autre exemple) au risque de fâcher ses intégrateurs. Mais le fait que Oracle (qui est probablement la base de données la plus fréquente pour SAP) soit dans le camp adverse est vraiment un handicap ! Voilà une pièce maîtresse de l'écosystème qui s'éloigne.

Q : en résumé ?

EB : en bref SAP doit chercher à répondre à la demande client : fonctionnalités réellement intéressantes (et pas de facade à la mode) ; migration facilitée vers des plateformes de meilleur ratio prix/performance et coût d'exploitation/performance ; support de bon niveau. Dans un éco-système qui bouge beaucoup et devient en partie hostile, c'est un vrai challenge.
Emmanuel Besluau
Mardi 16 Février 2010

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