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Tech Biz : Google et sa montagne de cash




Tech Biz : Google et sa montagne de cash
Comme chacun sait, Google est assis sur une montagne de cash, $36,9 milliards à la fin du premier trimestre 2011.

Pourtant, la société vient il y a quelques semaines et pour la première fois de faire appel au marché obligataire américain, en levant $3 milliards.

Il est quelque peu étonnant de voir une société comme Google, avec de telles réserves de cash, décider de lever encore plus sur le marché. Dans quel but ?

Selon le management de Google, ces liquidités vont permettre de rembourser le "commercial paper" (de la dette très court terme) de la société et aussi financer ses besoins de fonctionnement courants.

De nombreux observateurs sont restés sceptiques, trouvant cette explication un peu courte...

A la recherche d'une explication

Bien sur, on pourrait penser que Google, sur le plan opérationnel, a tout simplement besoin de plus de cash qu'avant. En effet, l'entreprise de Mountain View est en train d'accroître ses investissements R&D pour faire face à une concurrence de plus en plus dure. De plus, une nouvelle guerre fait rage dans la Silicon Valley pour embaucher les meilleurs talents. Google vient aussi d'augmenter l'ensemble de ses salariés de 10%, pour freiner la fuite de ses ingénieurs vers d'autres opportunités.

Cela étant dit, Google a largement de quoi faire face à ces nouvelles dépenses avec ses réserves actuelles.

On pourrait aussi se mettre dans une logique purement financière. Les taux sur le marché sont actuellement très bas. En émettant des titres maintenant, la société se protège contre leur remontée inévitable dans quelques temps. De plus, elle a bénéficié d'une forte demande et a placé ses obligations à des taux particulièrement favorables.

Enfin, il y a aussi la spéculation normale sur l'éventualité d'une acquisition plus ou moins importante dans un avenir proche, d'autant plus que l'univers du Tech M&A est en effervescence.

Néanmoins, on aurait imaginé dans ce cas une levée de fonds moins modeste, toujours en supposant que Google ait besoin de davantage de cash pour acheter.

S'il y a une part de vérité dans chaque explication, une des clés de décryptage essentielles se trouve à notre avis dans la législation fiscale américaine.

Le précédent Microsoft

Prenons le cas de Microsoft qui possède des réserves de cash encore plus importants, dont une partie importante se trouve à l'étranger.

En février de cette année, la société de Redmond a levé $2,25 milliards sur le marché. Ensuite, en mai, elle a acheté Skype, une société basée à Luxembourg, en grande partie avec ses réserves de cash à l'étranger.

La législation fiscale américaine a clairement joué un rôle important dans le montage de cette transaction, comme nous avons remarqué dans notre analyse de l'opération Microsoft/Skype :
http://www.duquesnegroup.com/Microsoft-acquires-Skype-smart-move-challenges-ahead_a200.html://

En effet, le taux d'imposition sur les sociétés aux Etats Unis est particulièrement élevé, mais tant que les bénéfices réalisés à l'étranger ne sont pas rapatriés, ils ne sont pas imposés.

Résultat des courses : une acquisition internationale payé en cash international, non imposé aux Eats Unis. Ce n'est pas neutre...

Que va faire Google ?

Depuis 2001, la société de Mountain View a fait presque cent acquisitions, essentiellement aux Etats Unis. En 2010, Google a acheté plus de deux sociétés par mois. La plupart des ces acquisitions étaient assez complémentaires avec le métier de base de Google.

Compte tenu de la complexité de l'écosystème technologique de la publicité en ligne, on pourrait penser que Google va continuer à acheter. Toutefois, il serait assez téméraire de se prétendre clairvoyant quant il s'agit d'une entreprise dont la devise est ... « don't be evil ! »

Cette semaine, deux faits nouveaux ont émergé :

  • d'une part, Google a confirmé lundi 13 juin sa décision d'acheter AdMeld, une plateforme publicitaire (américaine) pour les éditeurs de sites Web. Le prix serait de l'ordre de $400 million.

Dans ce premier cas, il s'agit clairement d'une acquisition au sein même de l'écosystème de Google et du marché de la publicité en ligne.

  • d'autre part, Google a annoncé mardi 14 juin un nouvel investissement de $280 million dans l'énergie solaire, au travers la création d'un fonds qui aidera la société SolarCity à financer l'installation d'équipements solaires pour des particuliers et des entreprises dans le pays. Google sera rémunéré par les intérêts sur l'argent avancé à Solar City et par les crédits d’impôt.

Dans ce deuxième cas, on serait tenté de dire que Google se fait (réellement) plaisir ... tout en pensant (lucidement) à sa réputation d'entreprise citoyenne. Néanmoins, on devrait aussi reconnaître sa volonté sincère de promouvoir les énergies renouvelables.

Il est clair que l'entreprise de Mountain View a largement les ressources nécessaires pour continuer à acheter et à investir en 2011 comme en 2010. De notre coté, on ne serait pas surpris de voir Google, à l'instar de Microsoft, profiter de ses liquidités détenues en dehors des Etats Unis - et à l'abri du fisc américain - pour faire aussi quelques acquisitions en Europe.

Par rapport à il y a dix ans, la qualité des entrepreneurs en Europe s'est nettement amélioré et de nombreuses sociétés technologiques innovantes ont vu le jour.

C'est un secret pour personne que, depuis deux ans, des acheteurs potentiels, qu'ils soient des fonds d'investissement ou des industriels, cherchent des cibles dans la région, notamment à Londres, Paris et Munich. Les valorisations des jeunes sociétés sont moins élevées qu'aux Etats Unis et les ingénieurs européens sont parmi les meilleurs du monde.

Personne ne peut savoir d'avance quelle start-up européenne deviendra le « nouveau Skype », mais il serait surprenant que Google ne s’y intéresse pas.

Donald Callahan
Jeudi 16 Juin 2011

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