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Un Plan de reprise n'autorise pas à faire l'impasse sur les risques


Les récentes inondations à Mandelieu et à Biot ont provoqué malheurs et désolation. Nous sommes de tout cœur avec les victimes et leur famille.

Cet affreux événement a provoqué des commentaires dont certains sont un peu surprenants. "Nous avions pourtant un Plan" entend-on parfois. Comme si ce Plan avait ou devait avoir des vertus salvatrices. Comme si l'on était déçu de son inefficacité.

Or, aucun Plan ne peut rien si les risques pris sont trop élevés. Tout au plus peut-on "sauver les meubles" (au sens propre d'ailleurs dans ce cas). Il est donc très important de connaître le risque pris. Commentaires.



D.R.
D.R.

La Continuité d'activité, ce n'est pas que réagir au sinistre

Pour certains professionnels de la continuité, la démarche "PCA" commence lorsque le sinistre est là.

On parle alors de gestion de crise (ie "sortie du fonctionnement normal") et exécution d'un ou plusieurs PCA adaptés et préparés.

Cette vision, tout à fait juste au demeurant, est à compléter. La norme ISO 22301 de système de management de la continuité nous le demande.

En effet, il ne suffit pas de réagir aux sinistres quels qu'ils soient, avec un Plan "à tout faire". Il convient de déterminer le Plan adapté à ce que l'on doit affronter. (Et aussi voir si l'on ne pourrait pas réduire a priori leurs conséquences).

Les commentaires de certains responsables locaux lors des récentes inondations (à Mandelieu et Biot par exemple) ont pu laisser croire qu'un Plan de prévention pouvait empêcher une inondation, alors même que l'on se situait en zone inondable !

Or, jamais une chaloupe de secours n'empêchera un navire de sombrer face à un iceberg !

Reprocher à un Plan d'être inefficace face à des risques qu'il ne couvre pas est déraisonnable.

Il faut connaître les risques et les traiter !

Connaître les risques d'une zone inondable permet en gros deux choses :

  • d'aller s'installer ailleurs, si c'est encore possible,

  • de savoir à quoi on s'expose si on reste.

Si l'on choisit malgré tout d'y rester ("à ses risques et périls") ; il faut savoir que la réponse au sinistre sera probablement très réduite.

Le Plan consistera à essayer de dévier l'eau, de monter à l'étage, etc. mais il sera très limité en efficacité.

Dans une démarche rigoureuse, l'appréciation des risques se fait à tête reposée et est suivi de décisions pour le réduire à niveau acceptable.

Dans le cas des inondations du sud est, cette appréciation fut faite (ou ne fut pas faite) il y a trente ans quand les permis de construire ont été accordés. Construire en zone inondable (et destinée à le rester) c'est encourir des risques face auxquels aucun Plan n'est totalement efficace.

Tout responsable le sait. Le nier est irresponsable.


A chaque risque son plan de réponse

On le répète souvent ici : il n'y a pas un PCA ou PRA dans l'absolu, il n'y a que des PCA/PRA pour faire face à des scénarios de risques étudiés et connus.

Prenons l'exemple de la Bourse de New-York et envisageons divers scénarios :

  • une panne d'ordinateur : le Plan N°1 consiste à monter des serveurs en haute disponibilité ; on ne perçoit quasiment pas la panne

  • une panne de salle informatique entière : le Plan N°2 consiste à basculer sur un site pas trop éloigné ; la panne peut durer quinze minutes

  • un sinistre régional complet : le Plan N°3 consiste à fermer boutique et mettre les personnels à l'abri. La panne durera ce qu'elle durera.

Ces exemples montrent qu'en étudiant les risques on établit ici trois scénarios qui déboucheront sur trois Plans différents et adaptés.

Penser utiliser le Plan N°1 (pour la panne d'ordinateur) pour faire face à la tempête Sindy est irresponsable. Dire que cela devrait marcher est absurde.

Il faut donc connaître les risques, les scénarios de sinistres et préparer des Plans ou parades appropriées. Il n'y a pas de plan efficace sans appréciation de risque. Il n'y a pas de Plan à tout faire.

Emmanuel Besluau
Mercredi 7 Octobre 2015

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